Portage salarial ou SASU : quel statut choisir ?

Par
Pierre-Jean Fabas
Nov 9, 2021

Pierre-Jean Fabas est formateur pour adultes en droit social et techniques de paie depuis 20 ans.

Par
Pierre-Jean Fabas
Nov 9, 2021

Pierre-Jean Fabas est formateur pour adultes en droit social et techniques de paie depuis 20 ans.

Pas facile de choisir le bon statut quand on est indépendant…


D’autant que la législation évolue chaque année et que sans l’aide d’un comptable, il peut être dur d’y voir clair.


Est-ce que cela vaut le coup de créer une SASU ? Quels sont les avantages que je vais retirer ? Est-ce plus prudent de partir sur du portage salarial ? Quel statut me permettra de maximiser ma rémunération ? Quels risques implique-t-il ?


Dans cet article, on a creusé les particularités de la SASU et du portage salarial pour établir un comparatif complet qui vous aide à choisir le statut le plus adapté à votre situation.

Dans la catégorie
Découvrir le portage
Voir d'autres articles
Inscrivez-vous à la newsletter
Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.

Pas facile de choisir le bon statut quand on est indépendant…


D’autant que la législation évolue chaque année et que sans l’aide d’un comptable, il peut être dur d’y voir clair.


Est-ce que cela vaut le coup de créer une SASU ? Quels sont les avantages que je vais retirer ? Est-ce plus prudent de partir sur du portage salarial ? Quel statut me permettra de maximiser ma rémunération ? Quels risques implique-t-il ?


Dans cet article, on a creusé les particularités de la SASU et du portage salarial pour établir un comparatif complet qui vous aide à choisir le statut le plus adapté à votre situation.

SASU et portage salarial : qu’est-ce que c'est ?

Pour essayer d’y voir plus clair, commençons par définir ce qu’est une SASU et sa différence avec le portage salarial.

Présentation de la SASU

Techniquement, une SASU est une Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle, soit une SAS avec un seul associé.


Concrètement, c’est un type de société qui a été pensé pour les indépendants. La SASU permet en effet de créer une société dont le créateur est libre de prendre les décisions relatives à la gestion de sa société seul.


L’indépendant en SASU peut se rémunérer sous deux formes :

  • Un salaire : le créateur de SASU peut déterminer lui-même le salaire qu’il se verse. Son salaire est soumis aux cotisations sociales, comme les salariés, mais ne lui ouvre pas les mêmes droits.
  • Des dividendes : si la SASU produit un bénéfice, son gérant peut également décider de se verser une rémunération sous forme de dividendes. Ceux-ci ne sont versables qu’une fois par an, une fois les comptes annuels de la société finalisés.

Présentation du portage salarial


De l’autre côté, le portage salarial est un statut qui permet à un indépendant de se faire embaucher en CDI ou en CDD par une entreprise de portage salarial. L’indépendant facture ensuite ses clients via la société de portage qui lui reverse ensuite un salaire.


La société de portage salarial ne garantit pas de salaire au freelance (qui reste responsable de trouver ses clients et de négocier le tarif de ses prestations), mais elle lui permet de bénéficier d’un contrat de travail qui ouvre droit à de nombreux droits sociaux.


Pour caricaturer, le portage salarial permet à un freelance d’avoir un statut proche d’un salarié classique, tout en conservant sa liberté d’indépendant.

Pourquoi créer une SASU ou devenir salarié porté ?


Si le SASU et le portage salarial fonctionnent très différemment au quotidien, ils présentent tout de même des avantages communs.


Le premier, c’est la grande liberté qu’ils procurent. En SASU, comme en portage salarial, le travailleur indépendant est libre de choisir ses clients et ses missions. Il est également libre de négocier ses tarifs. 


Les deux statuts permettent également au travailleur indépendant de gérer son temps de travail et ses congés en toute autonomie. Il est son propre patron.


Dans les deux cas, il est aussi possible de déduire des frais professionnels (concrètement ces frais ne seront pas soumis aux cotisations sociales et à l’impôt). C’est une différence majeure avec le statut d’auto-entrepreneur.


Enfin, en portage comme en SASU (et encore une fois c’est une différence marquée avec la micro-entreprise), l’indépendant n’a aucun plafond de chiffre d’affaires. Il est libre de travailler plus… pour gagner plus !


freelance ordinateur


SASU ou portage salarial : comment choisir le bon statut ?

Maintenant que nous avons vu ensemble les bases de ces deux statuts, rentrons dans le détail de leur fonctionnement quotidien et de leurs différences. Nous pouvons recenser six points majeurs de différence entre la SASU et le portage salarial :

  1. la gestion administrative
  2. le cumul avec le chômage
  3. la protection sociale
  4. le coût de la structure
  5. la gestion des frais professionnels
  6. la capacité d'emprunt



Portage salarial SASU
Gestion administrative Charge limitée : pas de comptabilité, pas de société à créer. Société à créer, dépôt annuel des comptes, comptabilité détaillée obligatoire, AG annuelle.
Cumul avec le chômage Cumul possible Cumul possible. Possibilité de toucher 100% des ARE si pas de salaire.
Protection sociale Protection identique à celle d’un salarié Chômage limité à 800€/mois pendant 6 mois. Si pas de salaire : pas de retraite et rattachement au régime PUMA de la sécu.
Coût 1548€ par an environ avec Jump Entre 1122 et 1922€ environ (hypothèse basse)
Conditions d’emprunt 3 bulletins de salaire 3 bilans annuels positifs

La gestion administrative


Le premier point à prendre en compte dans votre choix, ce sont les tâches administratives. 


Créer une SASU implique certaines formalités qu’il convient de bien avoir en tête avant de faire son choix.

Les formalités de création de votre activité


Commençons par la création de votre structure.


En portage salarial, la démarche de mise en place est assez simple. Vous devez choisir une entreprise de portage salarial. Celle-ci va ensuite signer un contrat de travail avec vous qui vous permet de démarrer votre activité. Si vous avez déjà des clients, cette démarche prend habituellement moins de 24 heures.


La SASU implique un processus différent car vous créez votre propre société. Pour ce faire, vous devez rédiger des statuts, apporter un capital social à la banque, publier une annonce légale dans un journal officiel, réaliser votre déclaration de constitution et faire une demande d’immatriculation au greffe du tribunal. 


Ce processus peut paraître quelque peu décourageant. Mais rassurez-vous, vous pouvez vous faire accompagner par des spécialistes pour ne pas avoir à réaliser les démarches vous-même. 


Quoi qu’il en soit, cette création a un coût. Des services comme LegalStart ou CaptainContrat proposent de réaliser ces formalités pour vous à partir de 390 euros. Ce coût sera plus élevé si vous passez par un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.

Les formalités du quotidien

Une fois votre activité lancée, les démarches du quotidien sont également très différentes.


En portage salarial, vous devrez principalement déclarer vos frais professionnels et fixer le salaire que vous souhaitez vous verser chaque mois. Ces deux tâches devraient vous prendre deux heures par mois environ. Pour vous aider dans cette opération, vous pouvez consulter notre article sur le salaire en portage salarial.


Côté SASU, il faudra prévoir de tenir une comptabilité détaillée, d’organiser une assemblée générale pour entériner vos décisions de gestion et de déposer les comptes de votre société au greffe chaque année. Si vous vous versez un salaire, il faudra également émettre un bulletin de paie mensuel. Là encore, vous pouvez vous faire aider par un comptable. Mais il faudra prévoir le budget associé (environ 1 000 euros par an).


Si l’on s’en tient à la charge administrative seulement, le portage séduira les phobiques administratifs haut la main.


Le cumul avec le chômage

D’après les chiffres de l’INSEE, 27 % des créateurs d’entreprise sont des chômeurs. Si c’est votre cas, ce paragraphe devrait particulièrement vous intéresser.


Le principal enjeu en tant que demandeur d’emploi qui cherche à lancer une activité indépendante, c’est le maintient des allocations-chômage. Le portage et la SASU permettent le cumul, mais pas dans les mêmes conditions.


En portage salarial, tout salaire que vous vous versez peut venir diminuer le montant de vos allocations. En revanche, votre activité en portage vous permet d’ouvrir des droits à l’assurance chômage ou de les prolonger.


En SASU, la situation est un peu différente. Si le créateur de SASU décide de ne pas se verser de salaire et se payer uniquement en dividendes, il peut toucher 100 % de ses allocations-chômage. En effet, la distribution de dividendes n’est pas assimilée à une rémunération, mais appartient à la catégorie des « revenus de capitaux mobiliers ». Ce choix vous permet également de ne pas avoir à actualiser vos revenus sur le site de Pôle emploi chaque mois. Un simple PV d’AG montrant que vous avez décidé de ne pas vous verser de salaire suffira pour l’année. 


Attention cependant. Si vous faites le choix de ne pas vous verser de salaire, vous ne prolongerez pas vos droits au chômage. De plus, vous ne vous constituerez aucun droit en matière de retraite, d'invalidité ou en cas d'arrêt de travail et d’assurance chômage.


Si vous vous versez un salaire, celui-ci viendra diminuer le montant de vos allocations-chômage, comme en portage.


En termes de cumul avec le chômage, la SASU peut se révéler plus intéressante donc si vous souhaitez privilégier vos revenus à court terme à votre protection sociale.

La protection sociale


La protection sociale justement constitue un aspect qu’il convient d’étudier soigneusement au moment du choix du statut. 


En effet, la loi ne prévoit pas les mêmes garanties de chômage, d’assurance maladie, et de retraite en fonction du statut juridique que vous aurez choisi. 


En SASU

Dans cette partie, nous distinguons deux cas de SASU : la SASU avec versement d’un salaire et la SASU sans versement de salaire.


Dans le cas d’une SASU où le créateur se verse un salaire, il bénéficiera des mêmes conditions de protection santé et de retraite qu’un salarié classique. Ses droits à la retraite seront proportionnels au salaire qu’il se verse et à salaire égal, ils seront identiques à celui d’un salarié.


Dans le cas d’une SASU où l’indépendant a choisi de ne pas se verser de salaire, il ne bénéficiera d’aucun droit à la retraite et sa protection santé sera réduite (rattachement au régime PUMA de la sécurité sociale, ex-CMU).


Dans les deux configurations, en SASU le freelance bénéficiera d’une protection chômage réduite limitée à 800 euros par mois pendant six mois, et seulement s’il valide certaines conditions fixées par Pôle emploi.

En portage salarial


Parlons maintenant du portage salarial.


Le cas est plus simple : en portage, l’indépendant bénéficie exactement des mêmes droits à l’assurance chômage et à la retraite qu’un salarié. Côté santé, idem. Le salarié porté bénéficie également d’une mutuelle et d’un contrat de prévoyance (obligatoires, comme pour les salariés).


Portage salarial
SASU (avec rémunération) SASU (sans rémunération)
Chômage Protection identique à un salarié. 800 €/mois maximum pendant 6 mois. 800 €/mois maximum pendant 6 mois.
Santé Protection identique à un salarié. Protection identique à un salarié. Mutuelle et prévoyance facultatives. Rattachement au régime PUMA. Mutuelle et prévoyance facultatives.
Retraite Protection identique à un salarié. Protection identique à un salarié. Pas de droits à la retraite.


Sur la protection sociale, le critère de choix principal entre SASU et portage salarial sera donc votre sensibilité au risque de perte d’activité. En portage, vous bénéficierez des mêmes droits qu’un salarié. En SASU, vous serez peu protégés. 


Sur la santé et la retraite, vous serez plus libres en SASU de faire vos choix en fonction de votre goût pour le risque.

Le coût

La notion de coût du portage salarial par rapport à celui de la SASU est également un élément important à prendre en compte pour choisir votre statut juridique.


Du côté des coûts administratifs, l’addition est facile à estimer. 

À noter cependant qu’elle pourra gonfler en SASU si vous décidez de déléguer certaines opérations (comme le dépôt annuel de vos comptes au greffe).

Tableau comparatif des coûts entre SASU et portage salarial


Concernant les coûts en charges sociales, en revanche, les chiffres sont plus difficiles à estimer.


En portage salarial, vous payerez environ 45 % de votre chiffre d’affaires en cotisations sociales. C’est la condition pour bénéficier de la protection sociale complète.


En SASU, si vous vous versez un salaire, vous payerez 45 % de charges également, en moyenne. Mais à montant de charges égal, vous ne bénéficierez pas de l’assurance chômage en cas de perte d’activité.

En termes de coût, portage et SASU sont plus difficiles à départager. La SASU peut être moins chère, surtout si vous optez pour une protection minimale et si vous choisissez d’effectuer la plupart des tâches administratives vous-mêmes.

La gestion des frais professionnels


Parlons maintenant des frais professionnels.


Sur ce point, portage salarial et SASU fonctionnement de manière quasi identique : tous deux permettent de déduire des frais professionnels, tant que ceux-ci respectent les règles de l’URSSAF.


En portage salarial, le freelance peut ainsi refacturer des frais de mission au client ou déduire des frais de fonctionnement de sa paie. Les frais de mission doivent être validés par l’entreprise cliente. Les frais de fonctionnement quant à eux sont soumis à la validation de l’entreprise de portage salarial. Dans les deux cas, les frais doivent être parfaitement en accord avec les règles de l’URSSAF pour être acceptés par l’entreprise cliente et l’entreprise de portage salarial.


En SASU, il existe deux options. L’indépendant peut opter pour le régime forfaitaire. Dans ce cas, il pourra déduire 10% de sa rémunération avec un plafond à 12 000€ par an, sans avoir besoin de présenter des justificatifs. S’il pense que ses frais excèdent 10 % de sa rémunération, il peut décider d’opter pour le régime réel. Dans ce cas, il pourra déduire le montant réel de ses frais de déplacement professionnels, de repas, de démarchage, etc. Sous réserve qu’il présente les justificatifs associés. Quoi qu’il en soit, ces frais devront là encore respecter les règles fixées par l’URSSAF. 


En termes de frais professionnels donc, peu de différence entre les deux statuts.


L'emprunt


La vie professionnelle et personnelle d’un entrepreneur sont souvent intimement liées. C’est notamment le cas pour tous les sujets liés au logement.


Dans le cas d’une demande de crédit, la banque va scruter attentivement le profil professionnel de l’indépendant. Et sur ce point, portage salarial et SASU font l’objet de règles de traitement très différentes.


En portage salarial, un banquier exigera les trois derniers bulletins de salaire et une attestation de fin de période d’essai de l’entreprise de portage salarial. Pour maximiser les chances de réussite, les trois bulletins de salaire devront présenter un montant de salaire identique. Pour préciser les choses, les banques sont tout à fait en mesure de distinguer un salarié porté d’un salarié classique (le bulletin de salaire d’un salarié porté précise qu’il est rattaché à la convention du portage salarial), mais ils tendent à faire plus facilement confiance à une personne qui bénéficie d’une protection sociale solide en cas de difficulté.


Côté SASU, l’indépendant devra respecter des critères bien plus durs :

  • Avoir accumulé 3 à 5 ans d'ancienneté dans son activité
  • Partager les 3 derniers bilans comptables et liasses fiscales de sa société (avec des résultats positifs)
  • Partager ses 3 derniers bulletins de salaire s’il se paye.


Si vous avez un projet immobilier à court terme, le portage salarial est clairement recommandé.


Le futur de votre activité

Vos ambitions pour votre activité vont également jouer un rôle clé.


Sur ce plan, le portage salarial a été pensé pour des indépendants sans volonté de créer une société et d’embaucher. Le statut est donc très limitatif sur ce plan : il est par exemple possible de sous-traiter des tâches, mais pas d’embaucher. Il n'est pas possible non plus de capitaliser sur la valeur de sa société.


Côté SASU, en revanche, il est possible de basculer facilement sur une SAS. Cela permet d’envisager de s’associer et de recruter pour faire croître son activité. Il sera également possible de revendre sa société si elle devient florissante. Les dirigeants de SASU peuvent également recruter sans changer de statut.


Le portage salarial se prête donc parfaitement à une activité 100% indépendante. Si vous envisagez de recruter ou de développer votre activité en vous associant, le statut de SASU est recommandé. Vous pouvez également commencer en portage salarial et évoluer vers une SASU ou une SAS si votre activité se développe.




Portage salarial et SASU proposent chacun des avantages uniques. 


La SASU permet plus facilement de faire croître son activité et de transformer son activité indépendante en entreprise. Elle offre également la possibilité de toucher plus facilement l’entièreté de son chômage et peut se réveler moins chère, surtout si vous optez pour un revenu sous forme de dividendes.

De son côté le portage salarial séduira sans doute les entrepreneurs en quête d’un statut qui demande moins de gestion, qui offre une protection complète et qui permet plus facilement d’emprunter.


Des questions sur le sujet ? N’hésitez pas à nous contacter via le chat.


Dans la catégorie
Découvrir le portage
Voir d'autres articles
Inscrivez-vous à la newsletter
Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.